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CLASSIFICATION DES RAPIDES
Comme nous venons de le voir, les phénomènes de l'eau vive sont complexes. Il faudrait décrire les rapides en des termes très détaillés pour communiquer au lecteur toutes leurs caractéristiques individuelles. Aussi, pour simplifier, nous avons recours à un système de classification qui, quelque peu discutable qu'il soit, n'en demeure pas moins un excellent outil de communication. Il s'agit du système international de classification qui distingue six classes de rapides.

Mais une fois cette classification établie, le problème de la classification des rapides demeure — puisqu'il faut maintenant s'entendre sur la classe ou la cotation à accorder à tel ou tel rapide. L'individu doit en dernier ressort exercer son jugement subjectif pour coter un rapide. Les experts ont tendance à sous-estimer la difficulté par rapport au pagayeur intermédiaire. Alors que le néophyte aura tendance à la surestimer. Les pagayeurs qui descendent une rivière fréquemment l'estiment plus facile parce qu'ils la connaissent bien. Au contraire, celui qui a eu des pépins au cours d'une descente aura tendance à juger cette rivière plus difficile qu'elle ne l'est. Pour apprécier la qualité de la cotation d'une rivière, il faut en quelque sorte connaître la personne qui l'a faite.

L'utilisation de classification est un grand pas dans la voie de la connaissance objective des rivières, à la condition de s'entendre sur la définition des classes. La description qui suit n'est nullement officielle; elle tente de refléter le consensus que l'on trouve dans la littérature tout en laissant transpirer l'opinion personnelle de l'auteur.

Nous incluons également, les trois classes d'eau calme qui ne sont pas très pertinentes pour les rivières sportives. Elles peuvent être utiles pour décrire les larges rivières, les fleuves (le Saguenay), les estuaires qui peuvent présenter des problèmes de navigation, sans pour autant former des rapides.
Classe A :
Lac, étang, tronçon très calme d'une rivière où la vitesse du courant n'excède pas 1 m/s.
Classe B :
Masse d'eau lisse qui se déplace entre 1 et 2 m/s. Un pagayeur peut contrer la vitesse du courant en marche arrière, en effectuant un bac arrière.
Classe C :
Masse d'eau lisse, se déplaçant au-delà de 2 m/s, dont la vitesse ne peut être neutralisée en dénageant. Quelques virages, bancs de galets et autres obstacles peuvent exiger une certaine attention et quelques manœuvres.
Eau Vive
Classe I :
Négociation facile. Les passes sont évidentes : le pagayeur dispose du temps nécessaire pour bien s'engager. Les obstacles se voient à l'avance et s'évitent facilement. Le courant est assez uniforme et dépasse rarement 2 m/s. Les vagues sont régulières et ne dépassent pas 15 cm. Les passages sont larges et les rares obstacles sont visibles de très loin. On rencontre souvent des bancs de galets et des maigres surtouts dans les méandres. Les contre-courants, derrière les piliers de pont, les avancées de la rive, exigent une certaine attention. On voit rarement des crêtes blanches au sommet des vagues. Le pontage n'est pas nécessaire. Les rapides classe I sont rarement indiqués sur nos cartes-guides.
Classe II :
Négociation mouvementée. Le pagayeur doit s'interroger pour trouver la meilleure route qui est cependant facile à discerner. Les rapides sont intermittents quoique fréquents. La vitesse du courant peut atteindre 3 m/s. L'écoulement est divisé par des rochers, formant ainsi de petits trains de vagues qui peuvent atteindre 60 cm. Des manœuvres sont nécessaires pour éviter les rochers et les petits pleureurs. On rencontre de petits seuils (60 cm). On peut neutraliser l'effet du courant en faisant marche arrière, et stopper facilement tout au long de la descente. Le contrôle de la gîte est cependant important. Des connaissances de base en eau vive sont essentielles. En canoë-kayak, le pontage est indispensable et l'esquimautage fort utile, bien que la récupération soit facile.
Classe III :
Négociation difficile. La meilleure passe n'est pas toujours visible de l'embarcation, mais elle devient évidente de la rive. Le pagayeur doit avoir l'expérience de la lecture de rapides et la capacité de diriger son embarcation de façon efficace. Les rapides sont plus longs et peuvent s'enchaîner rapidement! Le courant est rapide : il peut atteindre 4 m/s. Les trains de vagues sont assez réguliers; par contre les vagues dépassent rarement 1mètre. Sur les rivières larges, des interférences de vagues peuvent se produire et désorienter l'embarcation. Les passes peuvent être étroites mais restent généralement franches, tout en exigeant de nombreuses manœuvres. On rencontre des drossages, des pleureurs, qui peuvent provoquer un chavirage lorsque l'orientation est incorrecte. Les rouleaux sont assez gros pour ralentir l'embarcation. Les seuils peuvent atteindre 1 mètre de dénivelée. Le pagayeur peut neutraliser le courant au prix d'un gros effort; réussir le bac arrière exige une orientation en phase avec les vagues et des rétropulsions très énergiques. La négociation d'un tel rapide demande un effort physique et mental. Un bon sens de la lecture et de l'anticipation est requis pour amorcer les manœuvres appropriées au bon moment, entre autres, pour accrocher les contre-courants. On trouve des planiols pour la récupération. L'esquimautage est recommandé.
Classe IV :
Négociation très difficile. La reconnaissance de la rive est généralement nécessaire. L'enchaînement des difficultés exige un travail continuel et une grande expérience de l'eau vive. Les rapides sont très longs et manœuvriers. Des passages étroits exigent des alignements très précis. Le courant est très rapide (jusqu'à 5,8 m/s). Les vagues fortes et irrégulières peuvent atteindre 2 mètres. Les contre-courants sont bouillonnants et difficiles à accrocher, leurs limites comportent souvent des marmites et des remous dessalatoires. On rencontre des déflecteurs et des portefeuilles importants qu'il faut négocier avec de la vitesse. Les pleureurs et les rouleaux à rappel retiennent l'embarcation hésitante. Les seuils brusques et encombrés peuvent atteindre 2 mètres. Il n'y a souvent qu'un seul trajet pour éviter les difficultés qui ne se voient pas toujours de l'embarcation. L'apparition d'obstacles à la dernière minute exige de l'improvisation. D'où l'importance de pouvoir stopper à volonté. L'esquimautage est indispensable.
Classe V :
Négociation extrêmement difficile. Réservé aux équipes d'experts avec assistance de la rive. La reconnaissance de la rive est obligatoire; même là, la meilleure passe n'est pas toujours identifiable. L'abordage est difficile. Les rapides sont très longs. Les passages très complexes s'enchaînent dans une succession ininterrompue de difficultés. Les vagues et les seuils de plus de 2 mètres sont fréquents. Il y a très peu de contre-courants pour reprendre son souffle. On note la présence de marmites, de rappels, de trous meurtriers. La visibilité est très limitée, soit par la forte pente, soit par les virages. Le débit devient critique. La compétence de l'expert est essentielle, l'esquimautage impératif et la sécurité de la rive recommandable.
Classe VI :
Généralement infranchissable à moins de débit très favorable. Une erreur ne pardonne pas; même l'expert y risque sa vie.

Appliquer une cotation n'implique pas la présence de toutes les difficultés à la fois dans le même rapide. Nous avons décrit les difficultés auxquelles un pagayeur peut s'attendre en s'aventurant sur un tel rapide. Deux rapides qui ont la même cote peuvent avoir un aspect très différent; par exemple, un rapide classe IV à gros volume, comme tes Sept Chutes (sur la Rouge) ou Tewkesbury (sur la Jacques-Cartier), est fort différent d'un rapide classe IV manœuvrier mais à petit volume, comme sur la Diable ou la Basse Cyriac.
Cotaxion mixte
Si la cotation d'un rapide peut se faire assez aisément, la cotation d'une longue section devient plus délicate. Contrairement aux régions très montagneuses comme la Colombie Britannique ou les Alpes, la dénivellation au Québec est rarement constante. On ne rencontre qu'exceptionnellement des descentes sportives homogènes où tous les rapides ont la même difficulté. Aussi, la cotation d'ensemble que nous donnons pour chaque tronçon reflète la difficulté de la majorité des rapides. Nous arrondissons à la classe supérieure de difficulté

Le système international s'exprime généralement en chiffre romain, et est utilisé pour coter de longues sections. Nous conserverons les chiffres romains pour désigner la cotation générale mais nous utiliserons les chiffres arabes pour désigner de courts rapides. Voici les conventions que nous utiliserons pour les cotes mixtes ou intermédiaires : la lettre qui préfixe la classe indique s'il s'agit d'un rapide (R) ou d'un seuil (S).
R-II (3) :
Les rapides sont généralement de classe II mais le tronçon comporte quelques passages classe III (chiffres arabes entre parenthèses) qui sont identifiés dans la description et sur la carte-guide.
R-II-III :
Les rapides sont de difficulté variable suivant le débit. Ils oscillent entre la classe II et la classe III, mais se rapprochent de cette deuxième lorsque le débit est au plus haut de l'intervalle de débit recommandé.
R-II+III :
Les rapides sont divisés également entre les deux classes; il y a autant de rapides classe II que de rapides classe III. La description détaillée tentera d'en indiquer la position approximative.
R-II/III :
Les rapides sont généralement de difficulté intermédiaire entre les deux classes.
R-I+ II/III(4) :
Exemple complexe : cette section comporte à parts presque égales des rapides classe 1 et des rapides supérieurs à la classe II sans être vraiment de la classe III; elle comporte également un ou plusieurs passages classe IV
Brusques dénivellations
La classification internationale a été définie pour les rapides, et la notion de longueur joue un rôle important dans l'évaluation des difficultés. Le relief particulier du Québec, qui encourage les brusques cassures, a amené depuis longtemps l'introduction d'une cotation pour les seuils; mais il s'agit en fait d'une extrapolation du système international que nous tenterons de préciser. Les seuils ne deviennent significatifs qu'à partir de la classe III.
S-3 :
Seuil jusqu'à 1 mètre de hauteur qui peut comporter plusieurs passes. Le passage est franc et évident; la reconnaissance peut se faire de l'amont.
S-4 :
Seuil pouvant atteindre jusqu'à 2 mètres de dénivellation. La reconnaissance de la rive est nécessaire. La passe est généralement encombrée et délicate; un alignement précis est nécessaire.
S-5 :
Ce seuil ne comporte généralement qu'une seule passe. Même après reconnaissance, le passage n'est pas évident. L'alignement doit être très précis, une fausse manœuvre entraîne des conséquences graves : arrêt frontal, rappel, chandelle arrière. Il ne peut se franchir qu'à un débit précis.
C-10 m
K-4,5 m :
Nous identifions une chute par la lettre C et une cascade par la lettre K, suivie de sa hauteur approximative en mètre. Une croix indique un infranchissable sur les cartes-guides.
En marge de la cotation
En Europe, plusieurs passages jugés infranchissables (classe VI) par le passé, ont été déclassés grâce au progrès du matériel et de la technique. Avec l'apparition au Québec de kayaks «indestructibles», il est sûr que la notion de rapide manœuvrier jadis réservé au fin technicien, qui était seul capable d'éviter les collisions fatales contre les rochers, devient une notion de plus en plus périmée. Muni de ces nouvelles embarcations, le pagayeur s'en tirera avec quelques bousculades et quelques appuis de plus.

L'acquisition d'une meilleure technique permettra des tentatives plus ambitieuses. Mais il ne faut pas oublier que l'expert et le novice se retrouvent sur un pied d'égalité lorsqu'il s'agit de nager. Avant de classifier et de sauter un rapide, il serait peut-être prudent d'envisager s'il peut se nager de façon sécuritaire. Ce sera peut-être le cas...

Il n'y a que vous qui puissiez décider de sauter un passage classe V-VI. Ne donnez, ni n'acceptez aucun encouragement en ce sens. Personne n'a le droit d'encourager quelqu'un d'autre à risquer sa vie par bravade.

La classe d'un rapide doit être augmentée d'un numéro lorsque l'eau est froide (en dessous de 8°C).
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