La rivière
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CLASSIFICATION DES RIVIÈRES
II n'existe pas encore de norme internationale pour la classification des rivières. L'expérience nous enseigne cependant que l'on peut classer les rivières selon leur grosseur, c'est-à-dire selon leur débit. Le débit est la quantité d'eau qui s'écoule dans une section de la rivière en un moment donné. Le volume d'eau par unité de temps s'exprime en mètre cube par seconde (m³/s). Avant le passage au système métrique, il s'exprimait au Québec en pied cube par seconde (pi³/s). Nous indiquons en appendice les facteurs de conversion nécessaires pour passer de l'une à l'autre unité de mesure. Voici donc comment l'on peut caractériser la personnalité d'une rivière en fonction de son débit.
Torrent :
inférieur à 12 m³/s
Exemple :
- la Simon
- la Cachée
- la Belle Rivière

Les difficultés proviennent surtout des rochers à éviter. Ce sont souvent des rivières étroites, très encombrées, constituées de petits seuils très pentus. Les occasions de cravate sont fréquentes et le bac arrière est quelquefois providentiel. Le débit est généralement insuffisant pour provoquer des mouvements d'eau importants. En bas de 6 m³/s une rivière devient difficilement navigable.
Petite rivière :
entre 12 et 25 m³/s
Exemple :
- la Petite Nation (eau moyenne)
- la Ste-Anne du Nord (eau moyenne)
- la Chicoutimi

Les difficultés viennent autant des rochers à éviter que des mouvements d'eau. Les rouleaux bloquent mais retiennent rarement. Lorsque la rivière est très encombrée, et qu'au débit s'ajoute la pente, les rapides peuvent devenir extrêmement manœuvriers. Éviter cravates et échouages demande beaucoup d'anticipation et une bonne lecture de la rivière. Les arrosoirs sont malheureusement fréquents. Les petites cascades peuvent se sauter.
Moyenne rivière :
entre 25 et 100 m³/s
Exemple :
- la Rouge (eau moyenne)
- la Matawin (eau moyenne)
- la Métabetchouane (eau moyenne)

Les principales difficultés proviennent des mouvements d'eau à éviter. Les obstacles qui émergent forment des veines et des contre-courants francs, et le coussin qui se forme sur leur face amont est généralement suffisant pour éviter les cravates sérieuses. Les rouleaux peuvent être assez gros mais ils se franchissent aisément avec de la vitesse et un bon angle. C'est la catégorie de rivière la plus intéressante pour la survie du matériel et du moral. Le tirant d'eau est généralement suffisant pour un esquimautage en toute quiétude.
Grosse rivière :
entre 100 et 300 m³/s
Exemple :
- les Sept Chutes de la Rouge (eau haute)
- la Jacques-Cartier à Tewkesbury (eau haute)
- les rivières de la Côte-Nord, du Lac St-Jean

En raison de leur volume d'eau accru, les rapides ne sont plus aussi francs. Les trains de vagues sont irréguliers en raison des interférences. Les rouleaux importants, les portefeuilles, les pleureurs peuvent tous provoquer des chandelles arrière. Les déflecteurs sont dessalatoires; les contre-courants deviennent bouillonnants et instables; les vagues déferlantes aléatoires; les trous meurtriers.
Rivière géante :
entre 300 et 10000 m³/s
Exemple :
- les Rapides de Lachine sur le Saint-Laurent
- les Sept Chutes de la Rouge (en crue)
- l'Outaouais (eau haute)
- le Saint-Maurice

La vitesse de l'eau est si grande que les ajustements de parcours sont impossibles à court terme; il faut bien s'aligner au départ. A cause de leur très grande amplitude, ce n'est qu'au sommet des vagues que l'on peut entrevoir les difficultés qui s'en viennent. Les vagues déferlantes sont énormes et provoquent généralement des chandelles arrière, en plus de tordre les embarcations. Les trous peuvent être très meurtriers au point de s'y voir retourné plusieurs fois avant d'en sortir. La rivière devient inhumaine. L'énorme masse d'eau provoque des mouvements d'eau aléatoires, telles des vagues explosives et d'importantes marmites.
La relation débit - bassin versant
II est cependant difficile de classer une rivière de façon définitive dans une de ces catégories puisqu'une même rivière varie considérablement de débit durant l'année. De plus, le débit d'une rivière est très difficile à évaluer. Par des jaugeages précis à plusieurs moments de l'année, on peut établir une relation (une courbe de tarage) entre le niveau de l'eau et le débit. Il arrive souvent que le lit instable de la rivière s'érode suffisamment pour fausser les lectures du niveau, d'où la nécessité de réajuster régulièrement la courbe de tarage.

Heureusement le Service de l'hydrométrie du ministère de l'Environnement (anciennement des Richesses Naturelles) maintient à jour un réseau étendu de stations hydrométriques 1. Ce sont généralement des stations automatiques, de la grosseur d'une cabine téléphonique, où sont enregistrées sur ruban perforé les variations de niveau d'eau d'une rivière sur une base horaire. Ces données sont par la suite dépouillées au ministère avec un retard de plusieurs mois, pour être converties en débits.

Malheureusement, il n'y a pas de station sur toutes les rivières. De plus, le débit d'une rivière augmente de la source vers l'embouchure, de façon proportionnelle à son bassin de drainage. Donc, pour permettre d'extrapoler le débit d'une rivière, étant donné son bassin versant, nous avons établi des relations empiriques, dont le calcul est détaillé en appendice, qui correspondent au débit bas/moyen que nous définissons dans les chapitres suivants.

Le graphique 1 donne ces relations pour différentes régions du Québec dont les comportements semblent homogènes. Pour une lecture plus précise des petits bassins, nous avons utilisé une échelle logarithmique pour représenter le débit (m³/s) et la superficie du bassin exprimée en kilomètre carré (km2).

Graphique 1 : relation débit-bassin versant



Les rivières originaires du Parc des Laurentides, et qui s'écoulent vers le St-Laurent ou vers le Saguenay(à l'exclusion de la Métabetchouane), ont donc un débit supérieur à la moyenne provinciale, pour un bassin versant équivalent. Inversement, les rivières de la Mauricie et de l'Abitibi, et celles des Basses Laurentides près de Montréal, ont une relation débit-bassin versant inférieure à la moyenne provinciale. Avec ce graphique, il est donc possible de prédire le débit bas/moyen d'une rivière ou d'un tronçon de rivière, connaissant la superficie de son bassin versant.

Cette dernière information est relativement stable puisqu'il n'y a que l'Hydro-Québec qui se permette de modifier les bassins versants. Certes les propriétaires riverains modifient fréquemment les conditions de l'écoulement en installant des barrages et des canaux de dérivation. L'Hydro-Québec se permet même de modifier et de détourner des rivières... Dans le projet de la Baie James, la rivière Eastmain connaîtra une réduction de débit à l'embouchure de l'ordre de 90%. La Caniapiscau perdra 40% de son débit.

Le ministère de l'Environnement a publié plusieurs répertoires de superficie, couvrant tous les bassins versants du Québec 2. Ces publications sont malheureusement épuisées, mais on peut contacter le Service de l'hydrographie pour un renseignement précis.

On trouvera en appendice le détail du calcul de ces courbes, ainsi qu'une formule permettant d'extrapoler, à partir d'une station jaugée, le débit d'une section dont on connaît le bassin versant. Le débit ainsi estimé nous permet maintenant de classifier une rivière quelconque dans une des catégories que nous avons définies précédemment. Cette catégorisation demeure cependant grossière, puisqu'à débit égal, deux rivières peuvent varier grandement en difficulté, en fonction de leur pente et de l'étranglement de l'écoulement

Les descriptions détaillées de rivières sportives, qui constituent le cœur de ce livre, tentent de renseigner le lecteur sur la personnalité de chacune d'elles, sur l'encombrement, la sinuosité et la beauté de son parcours.
La pente
En ce qui concerne la pente, on peut déjà tirer certaines relations statistiques avec le débit de la rivière. La pente est constituée par la dénivelée totale d'un tronçon donné, divisée par la longueur de ce tronçon. Elle est souvent exprimée en mètre par kilomètre ou anciennement en pied par mille. Tout au long de ce livre nous l'exprimerons de façon indépendante des unités de mesure, soit en pourcentage, c'est-à-dire : le rapport de la dénivelée sur la longueur du tronçon correspondant.

Le graphique 2 permet d'extrapoler la difficulté d'une rivière selon la classification internationale des rapides, lorsque l'on connaît à la fois la pente et le débit d'une rivière, à la condition que la pente soit assez uniformément distribuée. Il confirme l'intuition qu'une forte pente sur une grosse rivière peut occasionner plus de difficulté que sur une petite rivière. Des tronçons de 6 de pente peuvent se négocier sur un torrent, alors que sur une grosse rivière, 2 de pente représente la limite du franchissable. A titre d'exemple, les derniers 3 kilomètres (3,5 - 15,2) de la rivière Valin (756 km2) comportent une douzaine de chutes et d'infrans de toutes sortes. La pente, que nous considérons ici, est celle que l'on peut lire à partir d'une carte topographique, comme nous le verrons dans les chapitres suivants.

Graphique 2 : cotation

Le profil
Afin de qualifier plus précisément la pente d'une rivière, nous introduisons la notion de profit-type. Nous en distinguons trois dans la description de descente, le profil continu, discontinu et en escalier. A pente égale, une rivière en escalier sera plus difficile qu'une rivière à profil discontinu; la première étant constituée de seuils et de planiols alors que la deuxième est formée de rapides courts et moyens entrecoupés de longs planiols. Inversement, une descente à forte pente mais au profil continu demeurera facile.
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  1 Index Hydrologique 1976, Direction de l'hydrologie, ministère des Richesses Naturelles. Québec, 1977, H.P.-39, 202 pp.
  2 Superficie des bassins versants du Québec, Service de l'hydrographie, H-1, H-7, H-10, 1969-1970.
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