Comment apprendre
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COMMENT APPRENDRE
On peut distinguer trois formes de pratiques : le cadre didactique, soit un stage plus ou moins formel où la progression et les défis sont imposés au pratiquant par un moniteur; le cadre récréatif, où le pratiquant choisit librement les défis qu'il veut affronter; enfin le cadre compétitif, où le défi est imposé par un parcours formel, et l'émulation objectivée par une comparaison de résultats. La notion de défi est présente dans tous ces différents cadres; également la notion d'émulation, avec plus ou moins d'inconscience. Ce schéma est en fait valable pour toutes formes d'activité.

En canoë-kayak, la notion de défi est issue du milieu naturel, de la rivière, du rapide; le niveau de défi, le choix de la descente est fonction du cadre de pratique : il est laissé aux ambitions du pratiquant ou bien il lui est imposé, lors d'un stage ou d'une compétition. De plus comme le canoë-kayak se pratique toujours en groupe, l'individu est stimulé à affronter des défis toujours plus difficiles.

Quel que soit le cadre de pratique qui vous attirera éventuellement, un stage d'initiation procure un bon démarrage à condition que le moniteur soit assez compétent pour bien doser la progression des défis qu'il vous proposera.

C'est par essais et erreurs que s'acquiert l'art de la lecture de rapides et la maîtrise de la rivière sportive. L'expérience montre que ce n'est qu'après deux saisons estivales, assez intensives, qu'un pagayeur arrivera à maîtriser un rapide classe 3 en kayak. J'ai personnellement mis deux ans à apprendre à esquimauter en pratiquant uniquement en rivière, alors que j'ai connu des débutants, bien coordonnés, qui mettaient une demi-heure à maîtriser l'esquimautage en piscine. Certes le transfert à la rivière est plus laborieux, mais une session de cours de kayak en piscine, tout au long de l'hiver, est pour ainsi dire indispensable à la maîtrise de l'esquimautage. Rien de tel pour affronter les belles rivières du printemps.

Comme en toute chose, l'apprentissage sera accéléré en profitant de l'expérience des autres. Vous vous joindrez donc à un club; vous participerez à leurs stages d'initiations et à leur calendrier de sorties en rivières. Vous y trouverez des personnes expérimentées qui sauront répondre aux questions que l'on ne trouve pas dans les livres. Ils vous encourageront à persévérer au-delà des inévitables premiers dessalages. Ils vous feront participer à cette franche camaraderie qui lie le groupe à la suite de ces moments de crainte et de satisfaction.

C'est la Fédération québécoise de Canot-Kayak qui regroupe les pagayeurs d'eau vive, pour les descentes de rivières sportives sur le plan récréatif.

Ceux qui sont intéressés par des descentes plus calmes, en canot ouvert, contacteront la Fédération québécoise du Canot-Camping. Pour la descente en Hydrospeed, on contactera le RIPH Canada.
la problématique de l'eau vive
Comment se caractérise la maîtrise de l'eau vive? Le pagayeur doit être en mesure à tout moment de se diriger où bon lui semble, de contourner les obstacles, d'interrompre la descente, même de remonter le rapide, tout cela sans chavirer, mais le cas échéant d'esquimauter à coup sûr. Cette maîtrise est essentiellement un problème de conduite motrice.

Comme toutes les autres activités de plein air -l'alpinisme, la plongée, le ski, la voile, etc. - la descente sportive, de par l'interaction constante avec le milieu naturel, pose sans cesse des problèmes de conduite motrice. Il faut prendre des décisions rapidement et les exécuter efficacement.

Le pagayeur est en situation d'incertitude : il est en mouvement sur une surface qui est elle-même en mouvement. Il peut décider de ne rien faire, alors la rivière décidera pour lui; donc problème de décision.

Il y a différence de vitesse dans l'écoulement, différence de texture à la surface : le pagayeur doit interroger l'espace, évaluer les distances et les vitesses, apprécier les obstacles brutalement surgis devant lui; donc problème d'identification.

Chaque mouvement d'eau entraînera un effet différent sur l'embarcation : le pagayeur doit "pré-percevoir" les pièges éventuels, décider à tout instant du comportement approprié. Souvent le maintien de la ligne choisie se prépare plusieurs coups de pagaie à l'avance; donc problème d'anticipation.

A chacune des modifications de la direction, de la vitesse, de la stabilité de son embarcation, le pagayeur doit répondre par un ajustement postural, par une manœuvre instantanée; donc problème de motricité.

On peut résumer ici les problèmes-clefs dont la solution entraîne la maîtrise de l'eau vive.

Au niveau psychomoteur, le pagayeur doit avoir un minimum de confiance en lui. Il doit pouvoir partir gagnant lorsqu'il amorce une descente. La maîtrise de l'esquimautage est un grand pas sur la route de la sécurité psychologique. A un stade plus avancé, la maîtrise du rouleau devient essentielle sur le chemin de l'expertise. Une descente qui dure six heures ou plus, exige un minimum de condition physique que l'on acquiert avec le temps, après plusieurs sorties plus courtes.

Un autre élément essentiel est la qualité de l'équipement qui doit devenir l'extension de nos sens. La pagaie remplace nos membres supérieurs; elle doit être agréable à manier, souple et légère pour exprimer les finesses des manœuvres. L'embarcation prolonge nos membres inférieurs. La qualité des calages, que l'on y aura ajustés, garantit une complète solidarité entre l'embarcation et le pagayeur. Un coup de hanche, et l'esquimautage est réussi!

Toute maîtrise de l'équilibre, tant statique par ajustement postural, que dynamique par appui de la pagaie sur l'eau, est conditionnée par la cohésion complète qui doit exister entre le pagayeur et son embarcation.

Le contrôle directionnel de l'embarcation résulte d'un long apprentissage moteur. Nous avons depuis longtemps maîtrisé le déplacement spatial à l'aide de nos membres inférieurs, la marche. Déjà le ski présente de nouveaux problèmes de locomotion. Mais en kayak, il faut apprendre à se déplacer avec nos bras, à marcher sur les mains en quelque sorte. C'est un nouvel environnement où nos expériences antérieures, à moins d'être paraplégique, ne sont pas d'un grand recours. Le débutant éprouvera de la difficulté à garder son embarcation en ligne droite même en eau calme, car il aura développé depuis sa tendre enfance, une latéralité préférentielle (droitier ou gaucher). Pour subjuguer le rapide, il devra atteindre un minimum d'efficacité technique dans sa propulsion, une possibilité d'accélération suffisante pour acquérir cette vitesse relative par rapport au courant.

La conscience de la vitesse relative, et la faculté d'anticipation malgré l'incertitude du milieu naturel, s'acquièrent avec l'expérience et une bonne appréhension spatiale de son schéma corporel.

Au niveau sociomoteur, l'influence des réactions d'autrui est surtout importante en canoë biplace. L'influence du groupe est également capitale dans la progression de l'apprentissage. Un groupe homogène est à la fois gage d'émulation et de camaraderie. L'émulation accélère les étapes de progression vers l'excellence; alors que la camaraderie évitera qu'un dessalage pénible ne se transforme en échec et en régression.

Enfin sur les longues descentes sauvages, notre frêle équilibre avec la nature prendra une place importante en fonction de l'autonomie relative du groupe. Les problèmes de survie, d'homéostasie thermique et de conservation du milieu entreront en ligne de compte.
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