![]() Comment descendre |
![]() |
| |
| |
|
|
|
|
|
|
|
![]() |
| |
| |
||
| Le défi de l'eau vive peut se
relever de plusieurs façons. On peut sauter les rapides avec ou sans
embarcation. Le meilleur moyen de jouir de toutes les facettes de l'eau
vive est, croyons-nous, de descendre en canoë-kayak d'eau vive.
Mais c'est également la forme de descente qui exige le plus long apprentissage
— environ deux saisons intensives. On n'a pas de plaisir sans
effort! Certains disent même que c'est l'effort qui procure le plaisir! |
||
| |
||
| Ici l'équipement est réduit à sa plus simple expression : palmes, masque et tuba. Pour une longue descente, on peut utiliser également un gros sac étanche pour les provisions, que l'on pousse devant soi et qui fait office de tampon, lorsqu'un rocher se présente à l'improviste. Une épaisse combinaison de plongée assure le confort du descendeur, même en eau glacée. La vision qui s'offre à ce dernier est tout à fait exceptionnelle. Il se trouve plongé dans l'univers même de la rivière, dans un monde de bulles, de courants d'eau et de rochers sous-marins.
A moins d'une reconnaissance préalable, il lui est difficile de localiser les contre-courants sous l'eau. La descente se fait généralement d'un seul trait. Le plongeur peut à l'occasion accoster intentionnellement sur un rocher au milieu de la rivière. Les rivières les plus propices à la descente en apnée sont donc celles qui ont un débit important, de façon à minimiser les collisions sous-marines et les impacts contre les rochers. Les descentes à fortes pentes offrent peu de latitude pour esquiver les chocs; les longs planiols sont eux aussi indésirables. Les grosses et moyennes rivières, en crue, sont donc tout indiquées; elles offrent de plus la possibilité de pouvoir s'amuser à s'accrocher aux gros glaçons. Les courtes descentes de classe III et IV, à gros volume, pourraient s'avérer intéressantes. On évitera les rivières dites manœuvrières ou rocailleuses, à tout le moins au débit correspondant. Le plongeur se souviendra qu'en période de crue, le débit fluctue très rapidement, du simple au double, dans la même journée; des rochers inoffensifs pourraient émerger soudainement à eau plus basse, d'où la nécessité d'une reconnaissance préalable, même lors d'une descente classique. On considère qu'une descente de 40 minutes est suffisante pour un débutant. La majorité des accidents qui se sont produits jusqu'à présent, sont survenus après ce laps de temps. La durée de la descente en apnée pourra être inférieure à la durée minimale que nous indiquons, puisque cette dernière tient compte des temps d'arrêt aux rapides intéressants. La descente en autonome, avec bouteilles, n'est pas recommandée. Le plongeur est beaucoup moins mobile, et les conséquences d'un choc ou d'un accrochage de son équipement pourraient être fâcheuses. A titre d'exemple : le bassin de Chambly, en aval du déversoir sur le Richelieu, est un site très populaire au printemps; de même que la descente de la Basse Chaudière. On peut également descendre en embarcation non pontée tel un radeau pneumatique ou un canot ouvert. Il faut alors faire confiance à la stabilité initiale de l'embarcation pour effectuer une descente sans anicroche. |
||
| |
||
| |
||
| Le radeau pneumatique est, à cet
égard, une solution idéale. C'est la dimension du radeau qui déterminera
en quelque sorte la grosseur du rapide que l'on peut sauter. L'Outaouais
en crue exige des radeaux de 10 mètres de longueur. On a vu des radeaux
de ce type se renverser sur le Grand Canyon du Colorado, et comme il
n'est pas question d'esquimauter... En abrégeant quelque peu, on peut dire que l'art de la descente en radeau non motorisé se résume à bien s'aligner au départ. Une fois engagé, on utilisera le bac arrière pour se réaligner lorsque la faible vitesse du courant le permettra. Le mode de propulsion est fourni par une paire de rames, ou, pour les petits radeaux, par l'action concertée d'une équipe de pagayeurs. L'inertie du radeau étant assez forte, on obtient rarement une accélération suffisante pour pouvoir contrer la vitesse du courant et ainsi se déplacer à volonté, d'un contre-courant à l'autre. Les longs planiols deviennent alors éternels! Un radeau motorisé est presque aussi manœuvrable qu'un kayak à la condition de trouver des contre-courants à sa grosseur. Lorsque le rapide n'est pas trop manœuvrier, il n'y a que les gros rochers, ou les très gros rappels qui puissent bloquer un tel radeau. On le comprend maintenant, la descente en radeau est surtout intéressante sur les grosses rivières, là où les passages entre les rochers sont suffisamment larges et où les difficultés ne proviennent pas d'obstacles à contourner. On peut même tenter des rapides de classe V, s'il n'y a pas de risque d'être entraîné dans une chute. On aurait tort cependant de croire que la descente en radeau ne nécessite pas d'apprentissage, puisque c'est justement sur ces grosses rivières que l'on rencontre les mouvements d'eau, les trous, les rouleaux à rappel capables de renverser un radeau. Un radeau en cravate est plus difficile à dégager qu'une embarcation plus petite. |
||
| |
||
| |
||
| Le canot ouvert, l'ancêtre
du canoë d'eau vive, est fréquemment utilisé au Québec pour
la descente de rapides. Ce n'est plus le traditionnel canot d'écorce
ou de bois entoilé, mais plutôt le canot de fibre de verre,
d'aluminium ou de thermoplastique. ![]() Canot ouvert, adapté à la rivière, longueur : 4,7 3m, largeur : 89 cm, design : Fernand Vigeant (Québec 1968) Le canot ouvert a l'avantage d'être plus manœuvrable que le radeau pneumatique, mais par contre a l'inconvénient de moins bien flotter lorsqu'il est plein d'eau. Une pratique courante est de remplir le canot de gros ballons pour le rendre insubmersible, ou encore de le fermer partiellement avec une toile de pontage; c'est l'artifice qui a conduit à la naissance des canoës d'eau vive en Europe, au début du siècle. Ce problème d'insubmersibilité limite l'emploi du canot ouvert aux petites et moyennes rivières comportant des rapides classes I et II. Un équipage d'experts pourra se hasarder à tenter des rapides classe II/III, pourvu qu'ils ne soient pas trop longs. Pour un canot ouvert, les rapides, que nous cotons classe III et plus, doivent être considérés comme des portages au débit suggéré. La longueur des canots courants (4,60 mètres et plus), et surtout leur faible giron, limitent leur facilité à manœuvrer rapidement au travers des rapides très encombrés, que nous qualifions généralement de manœuvriers. On choisira donc une rivière à faible pente, moins de 0,5% pour se donner tout le temps nécessaire aux manœuvres. Les rapides à vagues, par opposition aux rapides encombrés, réduiront le risque de cravate. Le potentiel sportif du réseau hydrographique québécois a conduit les adeptes du canot ouvert à pousser cette embarcation à la limite de ses possibilités. La négociation d'un rapide classe II, très encombré, exigera des prouesses techniques des pagayeurs en canot ouvert, alors que cette négociation sera élémentaire à un pagayeur novice en canoë ou en kayak. Si ce sont les rapides qui vous attirent lors d'une descente de rivière, si vous avez déjà souffert de cravates avec votre canot, il serait temps de penser à choisir une embarcation qui répond plus adéquatement à vos aspirations. |
||
| |
||
| |
||
| À l'origine, le canoë d'eau vive
était un canot recouvert d'une toile de pontage. Mais avec
l'apparition de la construction en plastique renforcé de fibre de verre,
vers 1958, les formes ont évolué vers une plus grande efficacité : accroissement
du giron pour faciliter les manœuvres, pontage étanche
intégré à la coque, addition de sangles qui permettent
au canoéiste de mieux contrôler la gîte de son bateau. Une
jupette amovible rend l'embarcation étanche et permet l'esquimautage.
Canoë semi-ponté, longueur : 4,75m, largeur : 89 cm, modèle : Manouane, design : Cepal (Québec 1974)C'est là la double innovation de l'embarcation pontée : l'étanchéité qui l'empêche de sombrer à la manière d'un canot, et la possibilité d'esquimautage, qui permet au pagayeur en faisant un appui momentané sur l'eau de ramener à l'endroit un canoë renversé par une vague, sans avoir à sortir du bateau. Cette deuxième particularité du canoë ponté s'est acquise au dépend de la stabilité initiale, en réduisant la largeur à 80 cm pour les canoës biplaces et à 70 cm pour les canoës monoplaces. Sous l'impulsion des compétitions d'eau vive, des formes nouvelles ont été standardisées, tel un canoë monoplace (C1) plus court (4 m), et des embarcations spécifiques au slalom et à la descente (critérium) en rivière sportive. En canoë biplace (C2) de critérium, les deux équipiers ont été rapprochés du centre du canoë pour minimiser les manœuvres de redressement nécessaires au maintien du bateau en ligne droite. Ces bateaux de critérium, assez instables, ne sont pas conseillés pour la descente récréative. ![]() Canoë monoplace de slalom, longueur : 4 m, largeur : 70 cm, modèle : Supermax, design : J. Lugbill, D. Hearn, B. Robinson (USA 1977) ![]() Canoë biplace de slalom, longueur : 4,58 m, largeur : 80 cm, modèle : Gimini III, design : Steve Chamberlin (USA 1976) ![]() Canoë monoplace de critérium, longueur : 4,3 m, largeur : 70 cm, design : Roock Schmidt (R.F.A. 1978) ![]() Canoë biplace de critérium, longueur : 5 m, largeur : 80 cm, design : Alain Feuillette (France 1978) Plus récemment, le canoë biplace de slalom a connu une évolution similaire avec le modèle américain Gimini (1976). Le rapprochement des canoéistes au centre de l'embarcation a pour but de faciliter le passage des extrémités sous les fiches des portes de slalom. Ce décalage a également l'heureux effet de stabiliser le C2, puisque les pagayeurs sont maintenant situés au niveau du maitre-bau, au point le plus stable du bateau. L'esquimautage avec ce type de canoë est presqu'aussi facile qu'en C1. Pour une longue expédition comportant de nombreux portages, on choisira un canoë semi-ponté C'est un heureux compromis entre le petit canoë sportif et le canot ouvert. Un grand trou au centre, recouvert d'une toile de pontage, facilite l'accès aux bagages. Les trous d'homme, très grands, permettent une posture assise ou à genoux. Sa grande largeur (90 cm) augmente sa stabilité initiale, mais le rend presque impossible à esquimauter. Cette stabilité accrue jointe à l'amélioration de sa manœuvrabilité ont été obtenues en compromettant ses qualités de vitesse, ce qui est particulièrement significatif sur les longs planiols. |
||
| |
||
| |
||
| Les kayaks esquimaux étaient, à l'origine, des embarcations très longues (5 à 6,70 m) et très étroites (45 à 60 cm), donc très rapides, surtout adaptées à la navigation en mer. Une version rigide, dérivée du kayak esquimau, est utilisée dans la discipline olympique de la course en ligne.
Des versions plus courtes démontables, en toile sur armature de bois, sont apparues commercialement (Klepper) vers 1907 en Allemagne. Ces kayaks ont été très tôt utilisés pour la descente des torrents alpestres. L'apparition de la construction en résine plastique renforcée de fibre de verre a entraîné une multiplicité de formes pour des usages très spécifiques : kayak de slalom, de critérium, de surf, de piscine, de mer, d'expédition... Les formes qui conviennent le mieux aux rivières sportives québécoises sont celles issues des anciens modèles de slalom. Ces modèles, sont suffisamment gironnés pour permettre la descente de torrents très manœuvriers, tout en comportant suffisamment de volume pour se maintenir à flot dans les gros rouleaux. Les kayaks de slalom évoluent actuellement vers une réduction de volume qui, si elle assure au kayakiste de faible corpulence un meilleur contrôle sur la gîte de l'embarcation, entraîne néanmoins certains problèmes de stabilité sur les rivières à gros volume. On trouve également des modèles de kayak biplace (K2), qui en raison de la complexité de la coordination des manœuvres, ne sont pas utilisés dans des rapides dépassant la classe III. Le kayakiste, assis au fond de son embarcation, utilise une pagaie double, à deux pales croisées. Cette apparente complexité permet de réduire la largeur du kayak à 60 cm, et donc d'atteindre une vitesse d'accélération encore plus grande. La perte de stabilité initiale se trouve compensée par une plus grande facilité d'esquimautage. Ce sont d'ailleurs les Inuits, qui ont inventé cette manœuvre, puisqu'il leur était impensable de nager dans les eaux glacées de l'Arctique. Un kayak d'expédition, le «Natseq» qui signifie «phoque» en Inuit, a été créé par l'auteur en 1976. Il est à mi-chemin entre un kayak de critérium et un kayak de slalom. Un compartiment étanche à l'arrière du pagayeur, muni d'un grand couvercle, peut contenir un gros sac à dos, en plus de l'espace de rangement disponible dans la pointe avant de l'embarcation. Ce kayak permet donc une autonomie de 3 à 4 semaines, tout en facilitant les portages par un accès direct au sac à dos. C'est également une excellente embarcation pour la descente de rivière sportive à gros volume.
Kayak d'expédition (sans le couvercle), longueur : 4,5 m, largeur : 65 cm, modèle : Nasteq, design : Gilles Fortin (Québec
1976)
Kayak de critérium, longueur : 4,5 m, largeur : 60 cm, modèle : Lieser King, design : Gerhard Peinhaupt (Autriche 1977)
Kayak de slalom, longueur : 4 m, largeur : 60 cm, modèle : Coyote, design : Gilles Fortin (Québec 1973) |
||
| |
||
| |
||
| On comprendra maintenant pourquoi
nous avantageons le canoë-kayak d'eau vive pour profiter pleinement
des rivières sportives du Québec. Si l'on peut être tenté par le choix d'une embarcation biplace lors d'une première initiation, et ainsi profiter de l'expérience d'un autre pagayeur pour affronter des défis au-delà de ses propres limites, le véritable apprentissage de l'eau vive passe par la prise en charge individuelle de ses erreurs et éventuellement de ses réussites. Le choix du débutant se portera sur une embarcation monoplace.
![]() Figure 7 : un kayak de type slalom propre à la descente sportive. Le canoë monoplace est d'apprentissage plus difficile que le kayak du fait que le pagayeur ne pagaie que d'un seul côté à la fois. Puisque le canoéiste est à genoux, son centre de gravité se trouve plus haut que celui du kayakiste; la force nécessaire au rétablissement de la gîte devra donc être plus importante. De plus lorsqu'il est déséquilibré du côté opposé à celui sur lequel il est bordé, le canoéiste est incapable d'appuyer pour prévenir le chavirage. En C2, c'est l'autre équipier qui doit réagir à temps, mais en C1, le céiste devra se résoudre dans un premier temps à de fréquents esquimautages. Le C1 exige également une plus grande dextérité dans le redressement de la trajectoire de l'embarcation; problème qui se trouve automatiquement résolu en kayak par des propulsions alternées de chaque côté. Le transfert des manœuvres du kayak au canoë est plus facile qu'on ne le croit en général. On aura donc avantage à débuter en kayak, quitte à poursuivre sa carrière de pagayeur en canoë. |
||
| |
||
| |
||
| Les canoës et les kayaks d'eau
vive étaient construits en résine plastique renforcée de fibres synthétiques.
Les fibres utilisées étaient la fibre de verre, le S-glass, le diolène
(en Europe), le polypropylène, le nylon, le kevlar, les fibres
de carbone ou de graphite. Un amalgame de fibres de kevlar/carbone offre
toujours la plus grande légèreté (7-8 kg), mais il est malheureusement
d'un coût très élevé. Une nouvelle révolution, comparable à l'apparition de la fibre de verre en 1958, est survenue dans le monde nord-américain de la rivière sportive avec l'apparition en 1973 d'un kayak en polyéthylène ("polyolefin") rotomoulé d'une seule pièce. Ce plastique, s'il est suffisamment épais, est très résistant aux chocs tout en étant d'un prix de revient compétitif. Un tel kayak en plastique pesait cependant à ses débuts entre 11 et 13 kilogrammes. Si bien que les rivières très «rocailleuses», qui jadis n'étaient l'apanage que de fins techniciens, seuls capables d'éviter tous ces rochers, sont maintenant à la portée des débutants qui n'ont qu'à se pousser contre les rochers — voir Ma première descente. Finies ces séances de réparation du vendredi soir qui précédaient les fins de semaine de descente sportive. Ces bateaux, qui demeurent étanches au-delà de la première descente, permettent également aux acrobates de s'en donner à cœur joie. Les séances de jeux intentionnels ne sont plus limitées par la longévité du matériel. Les conditions exceptionnelles de chocs, que l'on rencontre en rivière sportive, ont eu raison de ce thermoplastique en quelques occasions. Des craques allant jusqu'à 30 cm ont été rapportées. Aussi le traditionnel ruban adhésif est-il indispensable lors de descentes sauvages. Les règles de sécurité élémentaire, tel l'utilisation de sacs de pointe, s'appliquent également à ce type d'embarcation. On a par contre vu plusieurs embarcations de ce type reprendre leur forme initiale après s'être littéralement enroulées autour d'un rocher. Leurs propriétaires se sont donc épargné une longue marche en forêt. |
||
| |
||
| © Tous droits réservés, |