La rivière
  Debits/Levels Forum Guide Contact Paggaies/Paddles Definitions Liens/Links
Section Gilles Fortin La rivière Quand descendre Comment descendre Comment Apprendre Où descendre


MORPHOLOGIE DE LA RIVIÈRE
Une rivière est en fait une masse d'eau en mouvement. Si l'on verse de l'eau sur du sable, on verra l'eau s'accumuler; puis sous l'effet de la gravité, lorsque l'accumulation sera suffisante, cette masse cherchera à se frayer un chemin pour s'évader vers des zones plus basses. A ce sujet, il est très instructif de voir la marée se retirer sur une plage de sable. On observe alors la formation de multiples petits cours d'eau qui reproduisent à une échelle miniature toute la morphologie d'un cours d'eau.

Les rivières navigables ont cependant un long passé. Leurs lits se sont stabilisés; elles se sont même frayé un chemin à travers des formations rocheuses, créant parfois de magnifiques gorges. Il arrive qu'une rivière change encore de parcours, qu'elle court-circuite un de ses méandres, par exemple. De nombreux bras morts sont visibles entre autres le long de la rivière Rouge; ce sont maintenant des étangs en forme de fer à cheval. En crue, certaines rivières forment par endroits, de multiples bras qui augmentent d'autant la confusion du descendeur.

Nous tenterons d'expliquer les phénomènes qui sont responsables de la formation des rapides. Nous partirons du général pour arriver au jargon détaillé de l'eau vive. Les phénomènes de type «micro-hydrodynamiques» que nous tenterons de décrire sont encore assez mal connus. Les explications qui sont données sont assez personnelles à l'auteur et sont sujettes à caution. Nous n'échapperons pas à cette fausse science de l'homme moderne qui consiste à donner des noms aux choses dans l'espoir de les expliquer. L'identification de tous ces phénomènes qui constituent l'eau vive est capitale dans l'évaluation du risque et dans le choix de la passe idéale.
Le courant
La grande variable avec laquelle le pagayeur doit composer, est le courant. La masse d'eau se déplace dans une direction donnée avec une vitesse donnée. Ces deux composantes peuvent varier en tous points du cours d'eau.

La figure 1 nous montre une coupe transversale d'une rivière où toutes les particules d'eau se déplacent dans la même direction, soit en s'éloignant du lecteur. Des isocourbes sont tracées pour indiquer les zones de vitesse constante. On remarque, dans ce cas-ci, que les deux zones se déplaçant le plus rapidement se situent sous la surface, au centre de l'écoulement. Les particules à la périphérie sont ralenties par la friction contre les parois. La zone plus calme au centre, est sans doute provoquée par un obstacle en amont. Si de gros rochers encombrent le lit de la rivière, la vitesse globale du courant s'en trouvera réduite. A haute vitesse (4,5 à 6 m/s), on retrouve le long des berges une sorte de courant secondaire hélicoïdal qui provoque des remous; c'est en quelque sorte la veine centrale qui bouscule les masses d'eau latérales immobilisées par la rugosité des berges. Ainsi lorsqu'un pagayeur descend un cours d'eau relativement calme, il aura avantage à profiter du courant le plus rapide en naviguant au centre de la rivière. Inversement, celui qui voudra remonter une rivière verra sa tâche facilitée s'il longe les berges.


Figure 1 : Un exemple de jaugeage

Il y a quatre principaux phénomènes qui altèrent la vitesse et la direction du courant : un virage, un étranglement du lit, une modification de la pente, et enfin un obstacle important. Tous ces phénomènes agissent sur la vitesse du courant pour provoquer soit une accélération, soit une décélération, tout en altérant la direction de l'écoulement. Bien sûr, en rivière, ces phénomènes agissent simultanément mais nous essaierons de les analyser séparément.
Le virage et le drossage
le virage et le drossageDans un virage, les filets d'eau continuent selon leur direction initiale; arrivés au fond du virage, ils se trouvent déviés et accélérés. Si le virage est plutôt aigu, on le nomme drossage (figure 2). Le fond du virage peut être perpendiculaire au courant; l'affrontement de la masse d'eau sera alors assez brutal. L'eau rebondira sur la falaise et sera réfléchie à l'amont de façon à former un coussin, une sorte de tampon, qui dans certains cas ira même jusqu'à constituer un rouleau. La négociation d'un tel drossage n'est pas difficile de prime abord, puisque le coussin empêchera le pagayeur de heurter l'extérieur du virage.

Figure 2 : un virage avec un dressage sur le côté extérieur et un contre-courant sur le côté intérieur. L'embarcation se dirige ici de façon à effectuer un stop.

L'opération la plus délicate consiste cependant à contrôler l'orientation de l'embarcation. Si le pagayeur garde son embarcation parallèle au courant principal, la pointe avant risque de percer le coussin, en raison du faible volume de l'étrave, et de heurter violemment la falaise. C'est ce que j'appelle un arrêt frontal; la pointe risque de se fracasser sous l'impact. Pour un kayak, le cale-pieds peut casser, et le kayakiste risque alors de s'enfoncer dans son embarcation jusqu'aux aisselles. Pour prévenir cet incident, on cherchera à se présenter de côté contre le drossage, en se poussant au besoin avec l'embout de la pagaie sur le rocher, et en gîtant vers celui-ci pour prévenir tout retournement accidentel.

Le pagayeur a naturellement tendance à se pencher vers l'intérieur du virage dans la crainte de heurter la falaise. Cette fausse manœuvre, qui peut être accélérée par la présence du coussin, pourra induire une gîte amont à l'embarcation. Le courant pourra alors submerger le pontage et provoquer un chavirage; d'où la nécessité de gîter vers la falaise

On trouve de nombreux drossages sur la Basse Métabetchouane et sur plusieurs autres rivières, surtout sur celles qui sont profondément encastrées dans des falaises. Aucun ne présente de grandes difficultés.

L'extérieur d'un virage est toujours une zone délicate. En effet la vitesse du courant est souvent si forte, que le pagayeur a très peu de marge de manœuvre. S'il veut se déplacer, il lui faudra produire une plus grande accélération pour accroître son différentiel de vitesse avec le courant. L'érosion étant plus forte à l'extérieur du virage, un arbre pourra être terrassé en porte-à-faux à la hauteur de l'eau, le pagayeur risque de ne pas pouvoir l'éviter. Aussi est-il conseillé de négocier un virage inconnu sur l'intérieur.

À la sortie du virage, le long de la rive intérieure, on trouve généralement une zone d'eau morte ou de contre-courants. Cette zone est souvent précédée de rochers et d'alluvions, et l'on ne peut serrer l'intérieur qu'au dernier moment. C'est ici que le pagayeur doit savoir anticiper. Plutôt que de se laisser dériver dès le départ vers l'intérieur du virage, d'attendre le moment propice pour éviter la barre rocheuse et de s'orienter vers le contre-courant, il aura avantage à se tenir au centre de la veine et à amorcer une accélération diagonale, en anticipant le tournant, pour atteindre un point hypothétique en amont du contre-courant. Le courant se chargera de faire dériver son embarcation juste au ras du contre-courant. Il se trouvera alors en excellente position pour y faire un stop.
Le contre-courant
La plus grande partie de l'écoulement se trouvant à l'extérieur du virage, il se produit une sorte de vide du côté intérieur. Les filets d'eau qui bordent la veine principale se trouvent attirés vers cette zone de basse pression et tendent à la remplir. Il se produit souvent un courant de sens inverse qui remonte le long de la berge. Le centre de cette zone est assez neutre et une embarcation peut y demeurer au repos. Par contre, la frontière entre le courant principal et cette zone de contre-courants peut être assez agitée et mal définie; on parle de ligne tourbillonnaire.
La marmite
orsque les masses d'eau en contact sont suffisamment importantes, il peut se former des marmites qui se déplacent alors sur cette frontière. Ce sont des tourbillons où l'eau est aspirée vers le fond dans un mouvement hélicoïdal. Ces marmites peuvent devenir considérables (30 cm au trou central) sur les très grosses rivières. On en retrouve dans les Rapides de Lachine (chenal Ste-Catherine).

Ces phénomènes sont généralement instables et se déplacent vers l'aval le long de la ligne tourbillonnaire. On a déjà vu des kayaks amenés en chandelle par de grosses marmites. Il est important de ne pas quitter son bateau, et de poursuivre l'esquimautage jusqu'à ce que la marmite se résorbe. On se servira du bateau comme bouée de sauvetage en cas de dessalage.

Si la marmite est produite par un contre-courant qui se trouve enfermé dans des parois rocheuses, elle risque d'être stationnaire et permanente, donc dangereuse.
Le surplomb (undercut)
Avec le temps, la rive à l'extérieur d'un virage se trouvera érodée. Comme le niveau de l'eau varie, également dans le temps, la plus grande érosion se produira au débit le plus fréquent; généralement à eau basse. C'est ainsi que se forment parfois des surplombs qui, lorsque le rocher est composé de strates de différentes densités, peuvent devenir importants et dangereux à eau haute. On a déjà vu des embarcations coincées sous des surplombs, le pagayeur ayant pu sortir de son bateau s'est fait emporter par le courant; mais s'il n'avait pu quitter le bateau... Le rapide dans la ville de Pont-Rouge sur la Jacques-Cartier comporte plusieurs surplombs importants sur la rive gauche.
L'étranglement
l'étranglementOn suppose que les autres paramètres (pente, rugosité) de l'écoulement restent constants. Un brusque étranglement du lit de la rivière provoquera d'abord un léger refoulement vers l'amont de la masse d'eau, suivi d'une accélération de l'écoulement qui créera l'impression d'une dénivellation à cet endroit. On aura l'occasion d'observer ce phénomène sur le bassin de la rivière aux Sables à Jonquière où l'on a aménagé de nombreux étranglements artificiels. A eau basse, on remarque que ces étranglements, de même que celui qui précède le fameux rouleau, ne s'accompagnent pas d'une dénivellation accrue comme on le croirait à eau moyenne.

Comme le débit d'eau est relativement constant, une réduction de la section transversale, implique nécessairement une augmentation de la vitesse. Lorsque la section transversale retrouve sa largeur initiale, il se produit inversement une décélération.

Figure 3 : un étranglement qui provoque un train de vagues d'amplitudes
décroissantes.

Le train de vague
La masse d'eau accélérée au passage de l'étranglement se heurtera en aval à une masse d'eau de vitesse inférieure, qu'elle cherchera à bousculer. Il se produira alors un train de vagues d'amplitudes décroissantes. L'énergie accumulée en amont par l'effet de refoulement se dissipera en quelque sorte sous forme de vagues. La hauteur de la première vague est proportionnelle à la vitesse du courant accéléré, ou plutôt à l'ampleur de la décélération.

Lorsque cette décélération est importante, les premières vagues sont constituées de vagues déferlantes. Ce sont des vagues qui ressemblent à celles que l'on voit en mer; mais en rivières, elles restent stationnaires. Elles ont une crête qui s'effondre irrégulièrement sur leur face amont. Pour franchir une vague déferlante, il faut la percer perpendiculairement avec beaucoup de vitesse, là où elle est la plus irrégulière.

Sur les rivières géantes ces vagues déferlantes peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur. Même une grande vitesse est quelquefois insuffisante pour éviter la chandelle arrière. Les vagues qui suivent ont une amplitude décroissante mais elles conservent une forme pointue et pyramidale. C'est une impression très excitante, que de chevaucher un tel train de vagues où l'on s'envole littéralement sur chaque crête.

Un train de vagues pyramidales indique, à coup sûr, le chenal le plus profond. Il arrive souvent qu'à la suite d'étranglements multiples, dûs à la présence de plusieurs gros rochers, l'écoulement soit divisé en plusieurs veines. Le pagayeur a alors le choix entre plusieurs trains de vagues. Il arrive que le train ne se résorbe pas de façon progressive, mais qu'au contraire, on y décèle une brusque interruption, une sorte de vague plus ronde que les autres. C'est à coup sûr l'indication d'un obstacle plus ou moins émergé qui prépare une surprise. Il faut alors sortir du train de vagues au plus vite.
La dénivellation
De la même façon, une brusque dénivellation produira une accélération locale du courant. Lorsque le changement de pente est très brusque à la manière d'une marche d'escalier, on parle générale ment de seuil. L'accélération du courant, produite par un seuil, provoquera également un changement de direction du courant, dans le plan vertical.
Le rouleau
Lorsque les filets d'eau ainsi accélérés rencontrent une zone de moindre pente, la différence de vitesse entre l'eau en aval et la lame, provoque un rouleau. La lame de surface de la veine se heurte à la masse d'eau inerte et revient sur elle-même pour rouler de façon assez régulière. Si le volume d'un objet est assez gros, il se trouvera retenu dans le creux du rouleau. On parlera de rouleau à rappel s'il est difficile d'en sortir; il ne s'agit pas ici d'un vrai rappel comme nous le verrons plus loin.

Figure 4 : une brusque dénivellation provoque un rouleau là où l'écoulement se trouve décéléré: de la même façon, une lame d'eau se trouve accélérée en passant sur un rocher sous-marin, puis décélérée en aval pour provoquer un pleureur.

Les rouleaux qui ont jusqu'à un mètre de hauteur se franchissent aisément avec de la vitesse, à la condition de ne pas se présenter en oblique. Le rouleau amènera alors l'embarcation complètement en travers du courant. La veine d'eau qui heurte la coque du bateau du côté amont provoquera un chavirage instantané. Le corps du pagayeur sera entraîné en aval par la lame de fond; il n'aura plus qu'à esquimauter. Pour éviter ce chavirage, il suffira de gîter vers l'aval, vers la crête du rouleau là où la masse d'eau ascendante est très stable malgré son aspect écumeux. On peut s'y appuyer avec la pagaie, avec les mains même. Pour sortir d'un rouleau à rappel de grosseur moyenne il est quelquefois possible de tirer l'embarcation au-dessus de la crête en exerçant un appui très énergique et très profond afin d'accrocher la lame de fond. Si cette stratégie ne réussit pas, il faut alors se déplacer vers l'une ou l'autre extrémité du rouleau à la condition qu'elles ne se referment pas à la manière d'un croissant. Un tel bac dans un rouleau important demande beaucoup d'adresse et d'équilibre. A défaut de réussite, on en sera quitte pour un chavirage volontaire.

Les rouleaux constituent l'un des défis les plus intéressants de l'eau vive. Ils sont impressionnants mais leur maîtrise est exaltante. On retrouve de très beaux rouleaux à rappel sur plusieurs rivières, les plus célèbres étant situés sur la rivière aux Sables à Jonquière, et sur le St-Maurice au Rapide des Hêtres.
Le rappel
Si la lame est faible, elle sera rapidement décélérée; elle ne pourra pas percer en profondeur la zone plus calme et restera en surface. Donc, un seuil donné s'accroîtra en difficulté avec le débit. Par contre à partir d'un certain débit, la masse d'eau en aval sera, elle-même, accélérée; la lame d'eau ne rencontrera que très peu d'opposition; le rouleau se transformera en vague.

Mais pour une lame d'eau donnée, c'est en quelque sorte l'angle d'attaque de la veine par rapport à la zone d'eau calme qui déterminera la profondeur du creux du rouleau. Lorsque cet angle dépasse 30°, on note la présence d'un rappel. La lame d'eau se perce un passage sous l'eau et ne fait surface que plusieurs mètres en aval. Une zone de bouillonnement précède ce point de résurgence du courant. Cette zone est tellement aérée qu'elle n'offre aucune portance au bateau ou à la pagaie. Même un pagayeur avec une veste de sécurité flottera sous la surface de l'eau. S'il n'arrive pas à atteindre la lame de fond, le pagayeur devra se départir de sa veste de sécurité.

Les rappels constituent, avec les arbres en travers du courant, les plus grands dangers de la rivière. Heureusement, il y a assez peu de rappels naturels sur nos rivières. Le plus connu est celui du Pont Déry sur la Jacques-Cartier en aval de Pont-Rouge. Un autre rappel plus petit mais plus insidieux se trouve sur la Haute Cyriac en amont de la section que nous décrivons dans ce livre. Ce rappel a été reconnu par Jan Stary (1972) qui y a fait trois longues rotations sous l'eau avant de réussir à accrocher la lame de fond avec ses pieds. - Voir description de la Basse Cyriac : Pris dans un rappel.

La rivière aux Écorces comporte plusieurs rappels selon le débit. On les retrouve à la suite de seuils naturels, immédiatement précédés d'un rapide. Le plus meurtrier semble être celui du fer à cheval, immédiatement en amont de la chute. Il semble qu'un gros rocher immergé plusieurs mètres en aval du seuil, mais visible à eau basse, augmente l'effet de ressac.

Figure 5 : un rappel; la lame d'eau , trop forte, passe sous le planiol pour ressurgir loin en aval, provoquant ainsi une sorte de ressac qui peut de venir mortel.
La chute
Les chutes peuvent également constituer des rappels si le volume d'eau est suffisant. Dans ce cas le rappel sera plus vertical. Un deuxième rappel peut se trouver derrière la chute.

Les chutes ont toujours constitué des portages obligatoires sur nos rivières. Mais ces dernières années, surtout aux États-Unis', des équipes de casse-cou ont tenté avec succès de détruire le mythe de la chute infranchissable. Une chute franchissable doit être franche, ne pas comporter d'affouillement ou de rappel à sa base. Ce n'est qu'après un très minutieux sondage du bassin de réception de la chute que l'on tentera le grand saut. Si l'on réussit à insérer la pointe avant de son embarcation sous la chute à partir du planiol aval et à la retirer sans problème, il n'y a pas de rappel. Le pagayeur prendra le maximum de vitesse sur le planiol à l'amont; une fois en chute libre, le pagayeur se renversera légèrement sur l'arrière pour éviter le saut périlleux vers l'avant. On a déjà vu des bateaux se dessouder sous le choc à la réception. Il est également conseillé de tenir la pagaie double au-dessus de la tête, pour prévenir l'effet de guillotine à la réception.

La chute se distingue, en amont, par une brusque cassure de la ligne d'horizon; les arbres en aval deviennent soudainement très petits. Souvent la chute dégage des vapeurs d'eau, visibles de l'amont. Quelques-unes sont traîtresses, elles sont précédées d'un rapide ou même parfois d'un virage, comme la première chute sur la Chicoutimi. Il faut alors utiliser le bac arrière, pour rejoindre au plus vite la rive. On trouve une telle chute sur la Ouareau (en aval du lac Ouareau), la Tête Blanche, la Tourilli, et deux autres, en aval du pont métallique, sur la Malbaie.
La cascade
Dans le contexte du présent ouvrage, nous entendons par cascade, une suite de seuils et/ou de petites chutes, qui franchissent en plusieurs paliers à la manière d'un escalier, une dénivellation importante.

Lorsqu'elle comporte un chenal navigable, la cascade présente une autre sorte de défi. Il faut souvent manœuvrer à l'aveuglette, d'un plateau à l'autre pour trouver le prochain goulet navigable. C'est un exercice de reconnaissance d'indices, et de mémorisation des mouvements d'eau. Seule une reconnaissance attentive, de la rive, permettra d'établir le trajet. Le pagayeur devra de plus transposer le tout comme s'il le voyait de l'amont, pour éviter la mauvaise surprise de se trouver soudainement en terrain inconnu. Quelquefois un autre pagayeur peut se poster en aval pour indiquer l'alignement de la passe idéale.
Le déversoir
Un déversoir est en fait une chute artificielle créée par un barrage. Il peut également être installé pour exhausser le niveau d'eau en amont et ainsi provoquer une retenue. Des vannes sont généralement utilisées pour régler le débit, en aval du barrage. L'ajustement des vannes nécessite une continuelle intervention humaine; aussi, utilise-t-on souvent une partie du barrage pour déverser le trop-plein, lors de crues subites; ceci, afin de prévenir une pression excessive sur le barrage lui-même.

Le déversoir est une sorte de plan incliné assez vertical se terminant quelquefois par une sorte de radier en saut-à-ski, afin de prévenir l'érosion en fin de chute. Ces déversoirs se sautent difficilement. Avant de tenter le saut, on devra évidemment s'assurer qu'il y a suffisamment d'eau à la réception et surtout qu'il n'y a pas de rappel.

Une lame d'eau de moins de 10 cm d'épaisseur à la crête du déversoir est généralement insuffisante pour produire un rappel. Lorsqu'il y a rappel, comme sur le Richelieu à Chambly, il s'agit alors d'un rappel des plus meurtriers; à cause de son débit régulier et de sa longueur, il est très difficile d'en sortir par une de ses extrémités.
Les obstacles
La rugosité du lit de la rivière est en soi un facteur qui ralentit l'écoulement. Lorsque la granulométrie des obstacles est assez uniforme, dans un banc de galets par exemple, cette zone provoque une décélération locale de l'écoulement qui se traduit par la présence de petites ondulations irrégulières à la surface de l'eau, c'est généralement ce que l'on appelle un maigre. Ils sont très fréquents dans les tronçons calmes des grosses rivières; à la fin de la descente du Canyon sur la Rouge, par exemple.

Lorsque la taille des obstacles devient importante, cela provoque des perturbations de l'écoulement, qui sont du même type que celles que nous venons de décrire : changement de direction du courant, création de contre-courants, accélération locale, formation de veines, de trains de vagues, de rouleaux.

A : Contre-courant, B : coussin, C: petit pleureur, D : petit déflecteur.

Lorsque le rocher est encore émergé, il provoque à l'aval un contre-courant, et un léger coussin sur sa face amont si le courant qui l'affronte est assez fort. Lorsque l'obstacle est assez gros, le courant se trouvera divisé, dévié et accéléré le long de l'obstacle. Une sorte de petit rouleau diagonal, que l'on nomme déflecteur, se formera à la suite de la décélération de ces filets d'eau. Lorsqu'il y a suffisamment d'eau qui passe par-dessus le rocher, le contre-courant situé en aval s'en trouve perturbé, il devient très aéré et il offre peu de prise à l'embarcation.

Nous reproduisons ici les différents cycles que provoque un rocher avec l'augmentation du débit. On notera la présence d'un fil métallique, au-dessus du rocher, sur toutes les photos; il se traduit par un petit trait noir.




En haut à gauche : Le contre-courant se trouve perturbé par l'eau qui coule sur le rocher; il devient bouillonnant et se transforme en
pleureur.

En haut à droite : Avec l'augmentation du débit, il se transforme en petit pleureur.
En bas à gauche : Le pleureurs'ouvre sur la gauche pour former un gicleur.

En bas à droite : Avec encore plus d'eau, un petit rouleau se forme environ 1 mètre en aval du rocher original.

Le pleureur
Si la lame d'eau est suffisante, elle se trouve accélérée par concentration au-dessus de l'obstacle et retombe de l'autre côté, formant un petit rouleau qui est parfois assez profond. Lorsque ce phénomène est assez localisé, on parle d'un pleureur. Le pleureur se distingue en amont, par une sorte de refoulement de la masse d'eau qui provoque une légère vague ronde, très aplatie, que l'on aurait tort de confondre avec une vraie vague - voir Ma première descente.

On rencontre souvent au pied d'une dénivellation importante, une crête blanche écumeuse, qui s'approche plus du pleureur que du rouleau. On ne distingue pas un creux de vague ou un trou devant la crête, comme pour un vrai rouleau. Mais ces gros pleureurs cachent souvent un trou très profond dont il est très difficile de sortir; ils s'approchent du rappel
Le gicleur
Avec l'augmentation du débit, le pleureur disparaît; la perturbation que cause la présence du rocher se déplace sur l'aval; on y voit une sorte de gerbe d'eau assez ponctuelle, comme si le sillon qu'a ouvert le rocher se refermait à cet endroit, je l'appelle un gicleur. Puis avec encore plus d'eau, un phénomène semblable à celui de l'étranglement se produit; soit une vague déferlante avec une petite crête blanche.
L'arrosoir
C'est un rocher à fleur d'eau qui de par sa forme particulière provoque une éclaboussure en forme d'éventail. Il est souvent difficile de le distinguer d'un gicleur. Un gicleur est toujours assez ponctuel. Une plus grande largeur, et une couleur plus sombre qui trahit le rocher sous-jacent, permettent de démasquer l'arrosoir. C'est évidemment un obstacle à éviter si l'on tient à son matériel. Ils sont très fréquents sur les rivières à fond rocheux par faible débit.
Le portefeuille
Le portefeuille se produit généralement à la suite d'une accélération importante de l'écoulement provoquée par un seuil avec étranglement. La veine très rapide, ainsi créée, se trouve décélérée de façon inégale, et produit deux rouleaux diagonaux qui se croisent, pour former une sorte de V ouvert sur l'amont. Ces rouleaux sont généralement si puissants, qu'ils provoquent une translation et un déséquilibre de l'embarcation, cherchant à l'amener au centre du V. Le secret de leur franchissement, est de les attaquer directement au centre du V; on évitera ainsi toute surprise. Une reconnaissance attentive, permettra d'établir des repères pour un alignement correct. Une accélération énergique, synchronisée à une forte propulsion pour coiffer le rouleau au moment du contact, et le tour est joué. Si l'on frappe un rouleau diagonal avant l'autre, on fera la propulsion-appui dans le premier. Suivant les débits, il existe des portefeuilles intéressants : sur la Petite Nation, sur les Sept Chutes de la Rouge (la Machine à laver), et sur la Basse Métabetchouane (au Trou-de-la-Fée).
Le champignon
C'est un phénomène assez rare qui résulte de la configuration particulière d'obstacles sous-marins. C'est une sorte d'explosion en surface d'une masse d'eau ascendante, à la suite d'affrontements sous marins. Elle peut provoquer un déséquilibre et une translation de l'embarcation, d'autant moins significatifs que la vitesse de cette dernière est élevée. On rencontre des champignons sur les grosses rivières, là où l'on retrouve également des marmites.

La lame de fond qui passe sous le rappel, émergera en produisant un champignon. C'est là un autre signe distinctif : on se méfiera des seuils où le niveau du bassin en aval, est beaucoup plus haut que le niveau où disparaît la veine d'eau.
Les troncs d'arbres
C'est l'obstacle le plus dangereux sur la rivière — avec le rappel. La localisation du rappel est généralement connue, mais les troncs d'arbres sont plus insidieux, parce que nomades. Ils peuvent apparaître soudainement en travers d'un passage que l'on a descendu, nombre de fois, auparavant.

Les troncs d'arbres à fleur d'eau, sont difficiles à éviter; le risque étant de se faire enrouler autour d'eux. Il ne faut tenter un esquimautage, pour passer en dessous du billot, qu'en dernier ressort. S'il s'agit d'un tronc d'arbre, il peut y avoir d'autres branches sous l'eau qui peuvent immobiliser le pagayeur. Les branchages sont également très dangereux. Ils peuvent former les mailles d'un filet contre lequel le pagayeur se trouvera plaqué.
Debits/Levels Forum Guide Contact Paggaies/Paddles Definitions Liens/Links


© Tous droits réservés,